« la détergence de la mémoire dans l’enseignement actuel est une sombre sottise » George Steiner, mathématicien et philosophe

, par  J.G.
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« Écrire induit une négligence, une atrophie des arts de la mémoire. Or, c’est la mémoire qui est “la Mère des Muses”, le don humain qui rend possible tout apprentissage... Dans une veine plus générale, ce que nous savons par cœur mûrira et se déploiera en nous. Le texte mémorisé interagit avec notre existence temporelle, modifiant nos expériences autant que celles-ci le modifient. Plus les muscles de la mémoire sont puissants, mieux l’intégrité du moi est protégée. Ni le censeur ni la police ne peuvent extirper le poème mémorisé (témoin la survie, de bouche à oreille, des poèmes de Mandelstam, quand aucune version écrite n’était possible). Dans les camps de la mort certains rabbis et talmudistes étaient connus comme des “livres vivants”, dont d’autres détenus, en quête de jugement ou de consolation, pouvaient “tourner” les pages de la récapitulation. La grande littérature épique, les mythes fondateurs commencent à se décomposer avec l’ “avancée” dans l’écriture. Sur tous ces points, la détergence de la mémoire dans l’enseignement actuel est une sombre sottise. La conscience se déleste de son ballast vital. » George Steiner

Source : George Steiner, Maîtres et disciples, éditions Gallimard, 2003.

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